Le cycle de la violence: un cycle infernal.

Le cycle de la violence constaté et théorisé en 1988 par une psychologue américaine J. Walker lors de son travail thérapeutique avec des femmes victimes de violences, se déploie autour de trois étapes : la phase où les tensions se construisent, l’explosion - agression, la phase de calme ou de sursis amoureux. Cette dernière phase n’est en fait qu’une rémission. Et le cycle recommence.

 

 

 

 

Au départ, on trouve des silences, du contrôle et une montée de la violence. « Les insatisfactions, les rancunes et les griefs s’ajoutent au fur et à mesure, puis s’accumulent jusqu’à arriver à un trop plein. Les métaphores sont nombreuses quand les hommes expliquent ‘ce trop plein’ : la goutte d’eau qui fait déborder le vase, mais surtout la cocotte minute. ‘Ca monte, ça monte et ça explose’. Arrive alors le second stade du cycle : les coups ». Les coups, donnés avec le poing ou donnés avec le verbe. « Les coups ou d'autres formes de violences surgissent. Ils vont, au fur et à mesure, aller en crescendo. L'ampleur est variable. Bien souvent au début de ces cycles, ce sont des claques, des mouvements brusques ou l'homme "pousse" plus ou moins violemment sa compagne. La durée de la scène de violence peut, elle aussi, être variable. Les hommes en parlent comme d'un soulagement, une décharge d'énergie longtemps accumulée, une sorte de libération. Leurs compagnes, n'ayant pas toujours su apercevoir les signes avant-coureurs, sont surprises; elles ont peur. Souvent elles ne comprennent pas ce qui a provoqué l'arrivée de cette violence. »

 

 

 

Suivront les excuses, l’imploration du pardon et ce que d’aucuns nomment la lune de miel. En effet, « une fois le pardon accordé, les excuses acceptées, il faut pour l’homme et la femme oublier la scène de violence. C'est l'époque où l'homme va inviter sa compagne au restaurant, lui offrir cette robe qu'elle attend depuis longtemps, accepter -enfin- d'aller passer des vacances chez les beaux-parents… Bref, tout se passe pour le mieux dans ce qu'il/elle aimerait voir comme le meilleur des mondes. Période douce du bonheur retrouvé, cette phase est souvent passée sous silence par le professionnel (le)s du social. Pourtant, cette phase explique pourquoi nombre de compagnes peuvent dire, en dehors des situations de fuite en urgence absolue: "Après tout, c'est pas tous les jours la violence". La lune de miel doit faire oublier le passé et laisser croire qu'il ne se reproduira plus. L'homme et la femme sont réellement heureux du bonheur retrouvé. Une fois dissipé le souvenir des violences, le cycle continue. »

 

 

 

Connaître et comprendre le cycle de la violence « permet aux intervenants de comprendre pourquoi il est difficile d’obtenir une implication de la femme battue en dehors de la période associée au choc de l’agression ». Le travail de fond mené au refuge, outre de s’ouvrir à l’écoute du vécu des femmes victimes de violences, consiste à les amener à prendre conscience de ce mécanisme : de tensions, en éclat, en répit, en tensions…