Les alertes des géologues haïtiens.

Le Monde 14 janvier 2010

 

« En 1751 et en 1771, cette ville a été complètement détruite par un séisme et je parie mes yeux que cela se reproduira », confiait le géologue Patrick Charles, 67 ans, ancien professeur à l’Institut de géologie appliquée de La Havane dans un entretien accordé le 25 septembre 2008 au quotidien haïtien  Le Matin. Il  estimait que le danger était imminent : « Toutes les conditions sont réunies pour qu’un séisme majeur se produise à Port-au-Prince. Les habitants de la capitale haïtienne doivent se préparer à ce scénario qui finira, tôt ou tard, par arriver ».A l’époque, Patrick Charles s’appuyait sur les dernières secousses enregistrées au niveau de la capitale haïtienne. « Pendant ces dernières semaines, la terre a tremblé à plusieurs reprises au niveau de la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Du 1er  au 12 septembre, trois secousses mineures ont été enregistrées à Pétion-Ville, Delmas, Croix-des-Bouquets, plaine du Cul-de-Sacc. »  Le directeur du Bureau des Mines et de l’Énergie (BME), l’ingénieur Dieuseul Anglade, confirmait : « Ces secousses mineures sont inquiétantes. Elles annoncent généralement des séismes de plus forte intensité », avisait-il. Phoenix Delacroix notait dans son article du Matin : « Les mises en garde sont régulièrement adressées. Mais les mesures ponctuelles sérieuses tardent à venir. »

 

 

 

Un autre spécialiste, l’ingénieur et géologue haïtien Claude Prépetit, conseiller technique au Bureau des mines et de l’énergie de Haïti, a averti, lors d’une conférence en octobre dernier, que « Haïti est un lieu à haut risque». Et en mars 2009, il évoquait dans le journal haïtien Le Nouvelliste, le spectre d’un séisme destructeur : « On en a déjà connu dans le passé, donc on doit s’attendre à ce qu’il se reproduise dans le futur et à n’importe quel moment. De même qu’il y avait eu de grands dégâts à l’époque, on doit s’attendre au pire aujourd’hui en raison de notre condition environnementale alarmante ». L’ingénieur Prépetit invitait alors tous les secteurs à être conscients du niveau de la dégradation du pays et aussi les autorités à freiner les constructions qui s’érigent hors normes et pullulent dans les zones dites protégées. « Si nous n’arrêtons pas ces constructions, nous risquons de voir Port-au-Prince se transformer en un vaste cimetière. Il faut agir sur le bâti en élaborant des plans communaux et départementaux en vue d’encourager des constructions selon les normes. »

 

Les secousses telluriques ne manquent pas dans l’histoire de l’île, qui repose au sud sur une faille d’est en ouest dite «Enriquillo-Plantain Garden» entre les villes de Pétionville et Tiburon. Des séismes ont ainsi été recensés en 1673, 1751, 1860, 1918, 1922, 1956, 1962, pour ne citer que les plus importants. Dans Le Parisien,  Jocelyn Guilbert, responsable du laboratoire de sismologie au CEA (Commissariat à l’énergie atomique) estime que le séisme était difficilement prévisible, mais inéluctable. « On connaissait l’existence de cette faille d’Enriquillo, qui passe sous Port-au-Prince, et on savait que cette région pourrait subir un séisme d’une telle ampleur, mais de là à prédire le jour de la catastrophe… »  Moustapha Meghraoui, physicien à l’Institut de géophysique du globe souligne que  « ce séisme peut réveiller d’autres zones de failles et provoquer des répliques importantes plusieurs jours ou plusieurs mois après ». Même estimation pour John Bellini, de l’Institut géologique américain, pour qui la structure de la faille est similaire aux failles de Turquie ou de San Andreas en Californie. Cet expert a déjà enregistré 35 répliques, toutes d’une magnitude supérieure à 4.2,  moins de 24 heures après la secousse originale.