Tsunami sur l'île Robinson Crusoé: témoignage d'un archéologue français

"Les habitants étaient hébétés, cherchaient leurs familles dans le chaos... La moitié du village a été emportée ...": Charles Pinelli, l'un des dix archéologues sous-marins français qui se trouvaient sur l'île Robinson Crusoé lors du séisme chilien.

AFP - le 03 mars 2010

 

Les Français qui dormaient dans leur petit hôtel, l'hosteria El Pangal, à 2,5 km du village San Juan Bautista (700 habitants), sont tous sains et saufs, la vague géante s'étant arrêtée à quelques mètres de la construction située à une vingtaine de mètres au-dessus du niveau de la mer.

Selon eux, le dernier bilan toujours provisoire des victimes à Robinson, est maintenant de 8 morts (dont 5 enfants) et une vingtaine de disparus.

Charles Pinelli et cinq de ses collègues, ont pu être rapatriés mardi à bord de petits avions, à Santiago du Chili. Le reste de l'équipe doit arriver aujourd'hui par mer, à Valparaiso. L'ambassade de France à Santiago a fait le nécessaire auprès des Chiliens.

"J'ai été réveillé samedi vers 5H30 du matin par des chiens qui hurlaient à la mort. Il faisait encore nuit. Je suis sorti. La vague venait de passer, était montée à une quinzaine de mètres. Nous nous sommes réfugiés sur les hauteurs", dit-il.

"Tout notre matériel de plongée, laissé sur le rivage (les archéologues recherchaient depuis quelques jours l'épave d'un galion espagnol du XVIIe siècle), avait disparu".

Le jour se lève vers 8H00. Les Français se précipitent vers San Juan Bautista. L'horreur commence.

"Dévastation, la moitié du village emportée, un chaos de débris et partout, des gens, hébétés, effrayés, désemparés, qui appellent leurs enfants, cherchent leurs proches, leurs voisins. Ici et là, flottent près du rivage, des corps sans vie...", raconte l'archéologue.

"Nous avons immédiatement pris part aux recherches et sorti trois corps de l'eau. Ma compagne, Nathalie, infirmière, a aidé au secours des blessés. Nous avons retrouvé notre ami Alejandro Pina, Chilien et chef des opérations hyperbare (COH) de la mission. Il s'en est tiré par miracle".

"Il dormait avec sa femme et ses deux enfants dans une maison au bord de l'eau. Des voisins ont jeté des pierres sur sa toiture, pour l'alerter. Il est sorti. La mer s'était retirée sur plusieurs dizaines de mètres avant l'arrivée de la vague géante", poursuit Charles Pinelli.

"Il s'est précipité dans la demeure construite sur pilotis. La vague est passée par-dessus, a reflué et a emporté la maison. Lui, sa femme, son fils et sa fille de 8 et 11 ans, ont cassé la baie vitrée et sauté dans l'eau accrochés à une caisse en plastique flottante. Puis ils sont parvenus à grimper sur un voilier au mouillage à quelques encablures du bord... Sauvés".

L'onde de choc du terrible tremblement de terre sur le continent, distant de 700 km, a été ressentie sur Robinson.

"La fillette d'un carabinier, deux heures avant le tsunami (Charles Pinelli assure qu'il s'agit bien d'un tsunami à forte amplitude, mais à propagation assez lente dont la vague a mené plusieurs assauts sur le village), a réveillé son père en se plaignant que son lit bougeait. L'homme a téléphoné à Santiago et a appris que le séisme venait de se produire. Il a commencé à sonner l'alarme et vraisemblablement sauvé des centaines de vies", assure l'archéologue français.

En retournant vers leur hôtel, les Français ont enfin sauvé et ramené au rivage, une sexagénaire blessée qui dérivait à bout de force, accrochée à une barque.