Une bactérie sème la terreur en Allemagne


Deux décès ont été confirmés, trois sont suspectés et plus de 200 patients sont traités dans le nord du pays pour des symptômes très graves. Des concombres d'Espagne seraient en cause.

Par Le Figaro. Anne Jouan - le 26/05/2011

Un coupable a été enfin identifié dans la chasse à la bactérie intestinale qui tient l'Allemagne en haleine. La bactérie E. coli enterohémorragique (Eceh), qui fait régner la terreur dans les hôpitaux allemands depuis dix jours, a été retrouvée sur des concombres espagnols, comme l'a annoncé officiellement la sénatrice en charge de la santé de Hambourg. Cette découverte devrait permettre de retirer du marché les légumes infectés et de remonter à la source de la contamination. Les médecins allemands sont néanmoins particulièrement inquiets : jamais auparavant des adultes n'ont été si durement touchés par cette bactérie, qui s'attaque normalement sous des formes plus légères aux jeunes enfants.

Avec deux morts confirmés, trois suspectes et plus de 200 patients traités dans le nord du pays pour des symptômes très graves, l'épidémie est devenue un problème de santé publique. L'Union européenne a mis en garde jeudi les voyageurs ayant séjourné en Allemagne depuis la mi-mai et les a enjoints à être particulièrement attentifs aux signes d'une infection par la bactérie : maux de ventre et de tête violents, diarrhée liquide ou sanglante, saignements du nez.


Une forme très rare

«La forme de la bactérie trouvée en Allemagne est très rare. Par ailleurs, d'ordinaire dans ce type de cas, les personnes touchées sont celles vivant sous le même toit ou allant dans la même école par exemple. Dans le cas présent, la zone touchée est beaucoup plus étendue puisqu'il s'agit du nord de l'Allemagne», explique Lisa King, épidémiologiste à l'Institut de veille sanitaire. La bactérie se répand rapidement : les Länder les plus touchés sont la Basse-Saxe, Brême et Hambourg. Un malade a été hospitalisé au Danemark, un groupe de golfeurs suédois et des touristes britanniques sont aussi rentrés chez eux malades, selon les journaux allemands.

La bactérie, de type HUSEC 41, est particulièrement dangereuse car elle résiste à de nombreux antibiotiques. Dans les cas les plus graves, la bactérie conduit à l'apparition du syndrome hémolytique et urémique (SHU) qui provoque des hémorragies intestinales et des problèmes rénaux. Les patients risquent la défaillance rénale : ils doivent être mis sous dialyse, et la transplantation rénale se révèle parfois nécessaire. Le nombre de cas graves a déjà des conséquences dans les hôpitaux allemands, où les machines pour dialyse commencent à manquer.

Cela faisait plusieurs jours que les enquêteurs sanitaires avaient les crudités dans leur viseur : il était déconseillé de consommer des tomates crues, des concombres et de la salade verte. Les chercheurs de l'institut Robert-Koch, chargés de traquer la bactérie coupable, ont remarqué que les principales victimes de cette épidémie sont des femmes, en première ligne pour la préparation des repas. Ironie macabre, ce sont celles qui mangeaient le plus sainement qui sont le plus touchées.


Des cantines fermées

Des suspicions se sont aussi portées sur les légumes bio, pour lesquelles sont parfois employés des engrais organiques : la bactérie se répand dans les matières fécales d'animaux. L'un des concombres provient d'ailleurs d'un maraîcher biologique. Malgré la découverte d'une source bactérienne, les autorités conseillent la prudence, car il est possible que d'autres légumes soient aussi contaminés.

Deux cantines d'entreprises ont été fermées, et un test sanguin permettant de reconnaître la bactérie chez les malades doit être mis au point dans les prochains jours.