L´érudition de Servet, ainsi que son excellente connaissance des langues classiques lui permettent de réviser, vers 1535, la "Géographie de Ptolémée", un géographe alexandrin du II siècle après J.C. Servet améliore les éditions antérieures, en incluant de brefs commentaires savoureux qui n'épargnent pas les Espagnols (voir ci-dessous la « Comparaison entre la Gaule et l´Espagne.. », l'un des extraits de l´œuvre). Pour ce travail, Servet a été considéré, non sans une certaine exagération, comme le père de la géographie moderne et de la géographie comparée.

 

Façade principale de l´ancienne Faculté de Médecine et de Sciences de l´Université de Saragosse. (Place de Basilio Paraiso).

 

 

 

 

 

 

EXTRAITS

Comparaison entre la Gaule et l´Espagne..

"Les Gaulois sont dotés de membres du corps plus grands ; ceux des Espagnols sont plus durs, ils ont le corps très étroit à la ceinture, les Gaulois luttent avec plus de férocité que de savoir faire et ils montent dans la guerre plus de sauvagerie que de tactique. Les Espagnols sont tout le contraire " (p. 100).

"Les Gaulois sont plus hâbleurs ; les Espagnols plus taciturnes, car ils ont appris à mieux dissimuler. Les Gaulois sont joyeux, entraînes, portés sur les banquets et ils fuient profondément de l´hypocrisie et la gravité que gardent les Espagnols rassemblés. Les Espagnols sont donc dans les banquets, moins sociaux, plus cérémonieux, affectant je ne sais pas quelle solennité dont les Gaulois n´ont rien à faire "

"Les Gaulois boivent [le vin] pur, les Espagnols le diluent dans beaucoup d´eau. Chez les Gaulois les étrangers sont reçus de façon humaine dans les auberges, on ne leur refuse aucun service, on leur offre des repas tout préparés. Chez les Espagnols on les reçoit de façon plus dure et peu civile, de sorte que le voyageur, fatigué par le chemin, doit chercher son repas de lieu en lieu. Ceci a pour cause que les Espagnols sont moins habitués à voyager et ne veulent pas dépenser leur argent de façon aussi prodigue. Ils ne sont pas non plus portés à rendre service, de telle sorte que, même à un prince, un paysan proposera un refus s´il n'a pas envie de rendre service "

" Le parler hispanique est plus grave, le Gaulois plus doux " (p. 101).

"Du sol gaulois peu d´endroits sont en fiche, dans l´hispanique beaucoup d´endroits sont incultes et déserts " (p. 102).

"En ce qui concerne les dignités ecclésiastiques, la Gaule en a un plus grand nombre puisqu' elle a 12 archevêques et 96 évêques. L'Espagne a 9 archevêques et 46 évêques. Dans les deux le nombre de cardinaux est le même, soit 8 " (p. 103).

Caractère intellectuel des Espagnols

"L´esprit des Espagnols ne reste pas en repos, il est créateur de grandes choses, leur ingéniosité est heureuse mais leur éducation est insuffisante. A moitié doctes, ils se considèrent déjà doctes. Ils montrent plus de sagesse qu´ils n´en ont pas, en simulant, et ils ont un goût pour le bavardage. Ils aiment le sophisme plus qu´il est convenable. Ils aiment parler dans les académies, plutôt en langue hispanique qu´en latin, sans craindre d´utiliser beaucoup de termes arabes. Ils cultivent facilement la barbarie dans la plupart de leurs habitudes et manières . " (p. 104).

Une habitude des femmes hispaniques.

"Les Gaulois jugent barbare, en vérité, l´habitude des femmes hispaniques de se perforer les lobes des oreilles avec un anneau d´or ou d´argent auquel elles pendent, la plupart du temps, quelque pierre précieuse." (p. 105).

Sobriété des Espagnols

" Ils ont une vie frugale, comme les Italiens, ils ne consomment pas autant d´aliments et de boissons que les Gaulois et les Germains, à moins qu´ils ne soient invités, alors ils se gavent dans les festins jusqu´à satiété, parce que chez eux les invitations sont rares et ils les apprécient avec d´autant plus d'avidité." (pp. 105-106).