A Toulouse la paisible, les habitants sous le choc sentent naître la peur
 La Dépêche du Midi,  le 19/03/2012 | © 2012 AFP
 


"On commence à avoir peur, ça peut arriver à n'importe qui, n'importe où": les habitants de Toulouse la paisible étaient sous le choc lundi, après une fusillade qui a fait quatre morts et pourrait les traumatiser autant que l'explosion de l'usine AZF, selon son maire.


En plein centre-ville, sur la place du Capitole, les Toulousains continuaient à vaquer quasi normalement à leurs occupations, mais le meurtre, lundi matin, de trois enfants et d'un professeur -tués de sang-froid par un homme en scooter qui a tiré contre une école juive-, est dans toutes les têtes.
"Je suis choquée, c'est aberrant", déclare Habida Selkim, étudiante en sciences économiques et sociales à Toulouse. "Un sentiment d'insécurité commence à naître parmi les Toulousains", reconnaît-elle, tout en refusant de changer ses habitudes.


Dans les rues adjacentes et autour de la place, les forces de l'ordre ne sont pas particulièrement visibles. Sur le fronton de la mairie, les drapeaux ont été mis en berne en signe de deuil.
"Je suis horrifiée et terrorisée. Je me mets à la place des familles qui se retrouvent d'un moment à l'autre brisées, c'est épouvantable", réagit, très émue, Madeleine Dupuis, conseillère municipale, dans la cour d'honneur de la mairie qui donne sur la place du Capitole.
Pour l'élue, qui dénonce un "acte absurde", il ne fait pas de doute que cet acte "vise à frapper la population, à la terroriser". "Il y a une peur qui se développe. On se demande s'il ne va pas recommencer. Il peut ressurgir ailleurs, à n'importe quel moment, n'importe où", renchérit Michèle Wock, employée à la mairie.


Cet acte choque d'autant plus que Toulouse n'a pas l'habitude des faits divers d'une telle violence. "On n'est pas à Marseille", insiste l'ancien maire (UMP) Jean-Luc Moudenc, selon lequel ces meurtres "ne sont pas crapuleux, ne sont pas l'acte de la mafia". "On n'est pas face à de la criminalité souterraine, il semblerait juste qu'il y ait un fou qui habite pas loin d'ici", juge-t-il.
"Je pense que le traumatisme peut être aussi fort que la tragédie AZF", estime pour sa part le maire (PS) Pierre Cohen, en faisant référence à la plus grande catastrophe industrielle en France depuis 1945, l'explosion de l'usine AZF, qui avait fait 31 morts et des milliers de blessés à Toulouse le 21 septembre 2001.
"Cela fait penser à des attentats. Il frappe dans des endroits très précis", analyse Géraldine Delay. Comme elle, nombre d'habitants de la Ville rose redoutent que les hommes politiques ne "s'approprient l'affaire".


Le président-candidat Nicolas Sarkozy et le candidat socialiste à la présidentielle François Hollande se sont rendus lundi à Toulouse. D'autres responsables politique étaient attendus dans l'après-midi.
"Il faut l'union sacrée des politiques pour vaincre la peur, il faut une pause dans la campagne pour montrer que la France a conscience que de tels actes de terreur sont absurdes et ne résolvent rien", avance Madeleine Dupuis.
"Si c'est un psychotique, un déséquilibré, cela va encore retomber sur des gens qui n'y sont pour rien. On est en pleine campagne, je sens qu'il va y avoir des récupérations", estime au contraire Géraldine Delay, elle-même soeur d'un malade psychiatrique.


Vers 15H30, plusieurs dizaines de personnes commençaient à se rassembler sur la place du Capitole en signe de solidarité avec les familles des victimes.
"Nous n'avons pas peur, mais nous sommes attristés pour les familles qui subissent une douleur énorme", réagit Laurent Vildari, l'un des organisateurs du Carnaval de Toulouse qui a été annulé. "Je suis là en signe de solidarité avec les familles qui ont été frappées", indique simplement Mauricette Mahé, retraitée, la voix prise par l'émotion.