Toulouse sort du cauchemar : de la psychose au soulagement.

 La Dépêche du Midi, le 22/03/2012

Pauline Chanu, Sébastien Marti, B.C., Philippe Emery


Tension palpable, temps maussade, silence pesant dans une atmosphère de recueillement, Toulouse se réveille doucement de dix jours d'un interminable cauchemar. Hier, dès l'aube, l'information file en ville comme une traînée de poudre : l'auteur présumé Mohammed Merah est cerné mais pas encore arrêté. Pour les habitants de la Côte pavée où réside le suspect, l'inquiétude domine toute la journée. Partout ailleurs, l'annonce imminente de l'arrestation, a généré un grand soupir de soulagement. « On respire à nouveau » confie une usagère du métro, « je peux voyager sans regarder sous mon siège s'il y a un colis piégé. J'avais même interdit à mes enfants d'emprunter le métro ». L'étau se desserre dans le cœur des Toulousains.
Au bar tabac, boulevard de Strasbourg, le nom du tueur est sur toutes les lèvres. Leakhena, buraliste, ne masque pas son soulagement. « Depuis deux jours, le temps était comme suspendu. C'était très calme, on pouvait sentir la peur des gens. Aujourd'hui, on reprend tant bien que mal notre souffle ».
D'ores et déjà, l'arrestation fait débat : une intervention très rapide ou trop tardive, la dernière fusillade aurait-elle pu être évitée… ? « Finalement peu importe » tranche un habitué des lieux « le principal c'est que ce soit fini car ici tout le monde spéculait sur un nouvel attentat vendredi ». À chaque fois, quatre jours écoulés entre les trois tueries : tout le monde avait fait son calcul.
Unanimement, les commerçants notent une reprise de l'activité et de la circulation en ville. Sur le marché Crystal, Ihmed et Issan, primeurs, font un constat sans appel : « Hier c'était l'angoisse, aujourd'hui on rigole à nouveau. On est passés de la psychose au soulagement et ça se ressent sur notre clientèle ».
Au sentiment de soulagement s'ajoute celui d'une sécurité retrouvée, tout particulièrement pour les parents qui laissaient, la peur au ventre, leurs enfants à l'école. « J'étais paniqué pour mes enfants, je reste très ému » confie un boucher non loin du Capitole. La ville est encore traumatisée et ses habitants, pas totalement indemnes. Vincent, serveur au restaurant « Café Parisien », note une méfiance nouvelle chez ses clients qu'il explique par « la nécessité d'un temps pour digérer ».
« Les clients me disent que tant qu'ils ne l'ont pas vu mort ou en tout cas emprisonné, ce n'est pas fini. Il y aura un avant et un après Mohammed Merah j'en suis convaincu ». Le soulagement bien présent, reste néanmoins mitigé. « Tout n'est pas clair. Pour le moment les informations qui nous parviennent sont floues et parfois contradictoires ». Chez les étudiants la nouvelle est au cœur de toutes les discussions. Après la psychose ambiante de ces derniers jours, Benjamin, inscrit en médecine, exprime un certain malaise « J'habite juste à côté du tueur. ça fait bizarre de se dire qu'il vivait parmi nous. Je suis content mais j'aurais préféré que ce soit un fou isolé plutôt qu'un salafiste qui se réclame d'Al-Qaida. On est nombreux à se demander : y a-t-il d'autres djihadistes à Toulouse ? ».
Hier la ville restait suspendue aux nouvelles et réclamait que toute la lumière soit faite sur ces tragédies.


Pauline Chanu