Météorite russe: un événement exceptionnel

Par Cyrille Vanlerberghe Le Figaro, le 15/02/2013.



Aucune météorite n'avait à ce jour provoqué autant de blessés en une seule fois.

De mémoire d'homme, c'est la première fois que la chute d'une météorite sur Terre fait autant de victimes. Les derniers rapports font état d'au moins 1.100 blessés et une centaine d'hospitalisations autour de la ville de Tcheliabinsk en Russie après le passage et la désintégration d'un bolide dans l'atmosphère. Jusqu'ici, le nombre de personnes blessées par des météorites se comptait sur les doigts d'une seule main, avec une femme touchée au côté par un caillou de la taille d'un pamplemousse alors qu'elle faisait une sieste dans sa maison en Alabama en 1954, et un jeune garçon touché à la tête en Ouganda en 1992, par un fragment heureusement ralenti par un arbre.

L'Académie des sciences russe estime que le bolide qui a provoqué des scènes de panique à Tcheliabinsk faisait une dizaine de tonnes, et s'est désintégré à plus de 30 km d'altitude après être entrée dans l'atmosphère à une vitesse de 54.000 km/h.

La plupart des blessés dans la région de Tcheliabinsk ont été atteints par des vitres brisées sous l'effet du bang supersonique produit par le passage de la météorite à très grande vitesse dans les couches de l'atmosphère, même si plusieurs fragments ont aussi pu retomber au sol. Sur une des vidéos, prise par un habitant depuis sa fenêtre, on voit la traînée dans le ciel de la météorite qui s'est déjà fragmentée, avant d'entendre une violente explosion suivie de bris de verre. «Le fait que l'explosion survienne quelque temps après le passage de la météorite montre qu'il s'agit bien de l'onde de choc provoquée par son passage dans l'air à des vitesses supersoniques», précise Jérémie Vaubaillon, astronome spécialiste des étoiles filantes à l'Institut mécanique céleste et de calcul des éphémérides (IMCCE) à Paris.
 


Une explosion d'Hiroshima tous les ans dans l'atmosphère

À partir de plusieurs vidéos filmées lors de l'événement en Russie, l'astronome français a déterminé que l'objet venait du nord-est et se déplaçait vers le sud-ouest. Une trajectoire qui permet d'exclure avec certitude tout lien avec l'astéroïde 2012 DA14 qui va frôler la Terre à 27.700 km de distance ce soir.

«Même si les chutes de météorites ne font généralement que très peu de dégâts visibles, ces événements ne sont en revanche pas si rares que cela», précise Patrick Michel, spécialiste des astéroïdes à l'Observatoire de la Côte d'Azur à Nice. «Chaque année, entre 10.000 et 100.000 tonnes d'objets venus du Système solaire entrent en contact avec la Terre.» Si la plupart de ces météorites ne sont que des simples poussières, qui disparaissent en ne laissant que la trace d'une étoile filante dans le ciel, certaines sont plus grosses et viennent percuter la Terre. «Une étude réalisée à partir de données déclassifiées de satellites espions américains montre que chaque année, une météorite explose dans l'atmosphère en dégageant une énergie comparable à celle de la bombe atomique d'Hiroshima», explique Patrick Michel. «Mais comme la Terre est recouverte à plus des deux tiers par des océans et que la plupart des régions du globe sont peu habitées, ces explosions passent le plus souvent inaperçues.»

En 1908, une météorite d'une cinquantaine de mètres de large avait tout de même explosé dans la région de la Tunguska en Sibérie, rasant 2000 kilomètres carrés de forêt. Un événement de ce genre, qui ne survient qu'une fois tous les 100.000 ans, pourrait entièrement détruire une des grandes villes de la planète. Il y a 65 millions d'années, la chute d'un astéroïde de 10 km de diamètre au Mexique a probablement provoqué l'extinction des dinosaures ainsi que de nombreuses autres espèces animales et végétales.

Pour déterminer avec précision la trajectoire de toutes les météorites qui tombent chaque année en France et déterminer d'où elles proviennent, Jérémie Vaubaillon travaille sur un projet de réseau d'une centaine de caméras qui filmeraient en permanence le ciel. Ce projet d'équipement serait couplé avec une association d'amateurs qui aideraient à retrouver les fragments retombés au sol.