Angoisse à Luchon, complètement isolée

La Dépêche du Midi. 19/06/2013




Pour faire face à un débit de l’eau supérieure à celui de la crue centennale sur la Garonne EDF est intervenu durant toute la journée d’hier et pendant la nuit sur les barrages pour contrôler le fleuve en furie.

Les pluies ont débuté lundi, dans la soirée. Elles se sont poursuivies toute la nuit. À 16 heures, Luchon est coupée du monde. Reportage heure par heure.

5 heures du matin, mardi : la Vigie Crue fait état d’une montée subite du niveau de la Pique. Une information confirmée à 5 h 45, la Pique atteint 1,90 mètres et le plan communal de sauvegarde est activé. Une cellule de crise s’installe dans la salle du conseil, à la mairie de Luchon. Une mauvaise nouvelle tombe : la coulée de boue a repris sur la route de Superbagnères, la RD 125 est à nouveau coupée.

8 h 20 : les évacuations de campings débutent. Les vacanciers sont dirigés vers l’établissement thermal, où ils seront mis en étages, en sécurité. À la cité scolaire, les internes sont dirigés vers le deuxième étage. Ils seront évacués une heure plus tard vers l’établissement thermal. À l’Hospice de France aussi, il faut quitter les lieux. «Il a plus toute la nuit, lâche Ingrid, l’hospitalière. La Pique n’a jamais été aussi haute. La coulée de boue a de nouveau coupé la route. Nous sommes à nouveau bloqués». Ingrid et Yohan vont être évacués avec un groupe de 40 enfants. Ils seront héliportés ce matin Superbagnères. Des habitants de Ravi y ont déjà été conduits. À Luchon, les mises en sécurité se poursuivent, à la maison de retraite, Era Caso, aux hôpitaux. Les écoles sont fermées. Les routes commencent à être coupées. Impossible de rejoindre Saint-Mamet, où l’eau vomit troncs et branches, sautant le pont dans un tourbillon menaçant.

11 heures : la situation se stabilise. Dans les rues de la cité thermale, c’est la désolation. Le cours des Quinconces est transformé en torrent, charriant des branches et des morceaux de troncs. Sur leurs perrons, les hôteliers, sidérés, mesurent l’ampleur de l’inondation qui s’abat sur la ville. Une brume légère enveloppe les trottoirs, des voitures sont emportées par la force du courant. Impossible de s’approcher de la Réserve de la Pique. Les eaux furieuses occupent la chaussée, trouvant leur chemin à travers le parc du casino, le long des boulevards. La route de Toulouse est interdite à la circulation. Le centre équestre a été évacué, l’eau dévale dans les écuries, entraînant matériel et barres d’obstacles. En une heure à peine, le parking du club se retrouve sous 1 mètre d’eau. L’inquiétude affleure, les ponts arriveront-ils à tenir ? Près de 5 mètres d’arbres sont bloqués au niveau du pont de la Réserve de la Pique.

16 heures : tous les accès à la cité thermale sont coupés. Des barrières bloquent les véhicules, on ne peut plus ni entrer ni sortir de la ville. Une légère décrue s’amorce. Les eaux perdent un mètre. Mais la Météo annonce encore de nouvelles pluies, jusqu’à 2 heures cette nuit.

23 heures : la nuit peut commencer pour 160 personnes hébergées pour la nuit aux Thermes , 73 dans un centre de vacances à Garin, 30 à Salles et Pratviel, 122 à Saint-Mamet. Quatre villages sont totalement inondés: Oô, Salles et Pratviel, Antignac. Quant au pont de Saint-Mamet, il est resté debout mais il très abîmé.

 



400 m3 seconde sur la Garonne

Avec 400 m3 par seconde mesurés à Bosost, sur la frontière espagnole, le débit de la Garonne amont dépassait hier soir de 10 m3 seconde le volume et la puissance de la crue centennale fixée à 390 m3/seconde. Pour évacuer ces tonnes d’eau dans le lit du fleuve les barrages d’Ausson, Rodere et de Miramont autour de Saint Gaudens ont été «effacés». «Ce qui signifie que toutes les vannes sont ouvertes pour que l’eau puisse s’écouler comme s’il n’y avait pas de barrage». Mais pour Annabelle Pacaut-Fauvernier, la directrice EDF Hydraulique Garonne la mise en œuvre de ces interventions exceptionnelles s’inscrit dans une procédure bien rodée. Et hier soir, Garonne et lacs du département étaient sous contrôle. A 18 heures, les équipes étaient mobilisées pour la nuit sur les barrages de Saint Vidian, la Brioulette et Mancies pour être prêtes à intervenir lorsque la crue attendue en début de soirée pointerait son nez. Sur le lac d’Oô la turbine arrêtée depuis mars en raison des travaux en cours sur l’usine hydraulique empêche toute évacuation d’eau via les vannes du barrage. Du coup l’eau s’est déversée au-dessus de l’ouvrage un peu plus vite que prévu. «Car ces déversements étaient attendus pour la fin juin. Mais ça ne pose aucun problème de sécurité parce que ce barrage déversant est conçu pour ce type de débordement», expliquait hier soir Annabelle Pacaut-Fauvernier. Situation inverse enfin sur le barrage de Portillon dont les eaux étaient très basses en raison de récentes lâchures destinées à permettre au lac d’absorber la fonte des neiges et qui hier soir conservait encore une bonne capacité de stockage.