EAUX USEES - Les plus fortes concentrations de résidus de drogue se trouvent dans les rivières madrilènes

Léa SURUGUE + VG (www.lepetitjournal.com - Espagne) Jeudi 31 octobre 2013



C'est une étude de choc qui a été menée pour la première fois dans les rivières de la capitale espagnole. Elle révèle la présence de 10 types de drogue différents dans les eaux du Manzanares et du Jarama. Les chercheurs ont notamment trouvé des résidus de cocaïne, d'amphétamines, de cannabis, ainsi qu'une grande quantité de molécules propres aux anti-dépresseurs. En grandes quantités. Ces résultats permettraient, selon les experts, de se faire une idée du niveau de consommation de drogue chez les Madrilènes.


Développé un peu partout en Europe depuis la fin des années 2000, l'analyse des eaux usées déversées dans les rivières est peu à peu devenue une méthode de référence pour évaluer les niveaux de consommation de drogue d'une population. C'est dans ces eaux usées que l'ont peut en effet retrouver des traces des drogues consommées au préalable par les habitants qui vivent à proximité.


Il s'agit là d'une technique qui a l'avantage de donner des résultats plus objectifs que ceux collectés via les études menées directement auprès des citoyens. Par ailleurs, le prélèvement et l'analyse de ces eaux a une autre utilité : à terme cette technique permet de surveiller l'arrivée sur le marché de nouvelles drogues et de repérer les nouveaux usages des consommateurs.



Les Madrilènes remportent le clásico de la coke


Dans le cas de l'étude réalisée à Madrid, l'analyse a été faite dans les deux rivières, à proximité des sept plus grandes usines de traitement des eaux usées. Elle a permis de révéler des concentrations très élevées de drogue, indiquant qu'à travers ces eaux transitaient de nombreuses substances illicites.

Les niveaux mis à jour sont inégalés dans tout le territoire espagnol, même dans les rivières proches de Barcelone. Selon l'étude, les Madrilènes remportent le clásico de la coke haut la main. Ils sont même champions d'Europe : la seule rivière du Vieux continent dont l'eau contiendrait des concentrations plus élevées de substances illicites se trouve en Belgique, il s'agit de la rivière Senne, qui traverse Bruxelles.



Un reflet fidèle de la consommation de drogue ?


L'étude ne permet certes pas de définir avec exactitude quelle est la consommation de drogue des Madrilènes. Il n'est de fait pas facile de déterminer à quelle quantité effective de drogue consommée correspondent les concentrations moléculaires présentes dans les prélèvements d'eau. Néanmoins les résultats suggèrent que la consommation de drogue, en particulier celle de cannabis et de cocaïne, est particulièrement élevée à Madrid, en comparaison aux autres villes du pays. Les chiffres sont inquiétants en particulier quand on sait que la classe d'âge des 15-17 ans en Espagne est l'une des plus consommatrice d'Europe.



Une consommation espagnole préoccupante


En Espagne 2,2% de la population aurait  consommé de la cocaïne au moins une fois au cours de l'année écoulée, dont 1,7% des gens de la classe d'âge 15-17 ans. 9,6% des Espagnols ont par ailleurs consommé du cannabis au moins une fois sur la même période, dont 2% qui l'ont fait de manière quotidienne. Des chiffres qui placent l'Espagne à la tête de l'Europe, et dans le cas de la cocaïne, parmi les premiers pays consommateurs au niveau mondial.