Qu'est-ce qu'El Niño ?


El Niño, et son pendant La Niña sont des phénomènes océaniques à grande échelle du Pacifique équatorial, affectant le régime des vents, la température de la mer et les précipitations. El Niño et La Niña correspondent aux deux phases opposées du phénomène couplé océan/atmosphère appelé ENSO (El Niño / Southern Oscillation).

À l'origine, l'appellation El Niño a été attribuée par les pêcheurs péruviens à la petite invasion d'eau chaude qui se produit chaque année le long des côtes du Pérou et de l'Équateur aux environs de Noël - d'où son nom : en espagnol, El Niño désigne l'enfant Jésus. Par extension,  le phénomène climatique correspondant au réchauffement accentué des eaux de surface près des côtes de l'Amérique du Sud porte aujourd'hui le nom d'El Niño. Ce phénomène est lié à un cycle de variations de la pression atmosphérique entre l'est et l'ouest du Pacifique, couplé à un cycle du courant océanique le long de l'équateur.

Lors d'un épisode El Niño, les hautes pressions du Pacifique Sud diminuent. Les alizés (qui soufflent d'est en ouest) faiblissent, voire se renversent. Les eaux chaudes de surface, accompagnées de nuages et de précipitations, refluent de l'ouest vers l'est.







Est-ce un phénomène fréquent et régulier ?

Les événements El Niño apparaissent d'une manière irrégulière, tous les 2 à 7 ans. Ces épisodes débutent en général en milieu d'année et durent de 6 à 18 mois. Ils atteignent leur intensité maximale vers Noël.

En 1997, un épisode El Niño très intense avait été observé, avec à la clef des impacts climatiques et sociétaux importants. Depuis, d'autres épisodes, d'importance moindre, se sont produits en 2002-2003, 2004-2005, 2006-2007 et 2009-2010.


Comment prévoit-on un tel phénomène plusieurs mois à l'avance ?

À l'échelle de la saison, l'évolution de l'atmosphère est fortement influencée par les variations des océans. En associant des modèles de prévision météorologique à des modèles de prévision océanique, il est possible de réaliser des prévisions sur le climat des six mois à venir. C'est ce que l'on appelle des prévisions saisonnières. Météo-France réalise son bulletin de prévisions saisonnières en collaboration avec Mercator Océan, le centre français d'analyses et de prévisions océaniques, qui développe des systèmes numériques capables de décrire et de prévoir l'état de l'océan en 3D et fournit la composante océanique du modèle couplé océan/atmosphère de Météo-France.Les prévisions saisonnières ne sont pas des prévisions classiques décrivant dans le détail des situations météorologiques, mais d'indications sur les évolutions possibles à très grande échelle, notamment en matière de température et de précipitations.

Pour réaliser ces prévisions, les climatologues de Météo-France comparent les sorties de plusieurs modèles. La synthèse établie à partir de ces différentes simulations numériques permet de prévoir l'évolution des paramètres climatiques et de dire si, pour une région donnée, le climat a des "chances" de s'écarter du climat standard.

La prévision des épisodes El Niño relève de la prévision saisonnière. L'évolution de la température de surface de la mer, et en particulier celle de l'océan Pacifique équatorial, peut être prévue à ces échéances avec une précision bonne, voire élevée pour les prévisions concernant l'automne et l'hiver boréal. Les variations de cette température constituent un bon indicateur de la survenue éventuelle d'un phénomène El Niño ou La Niña. Lorsque les prévisions s'accordent sur une augmentation de la température des eaux de surface du Pacifique équatorial, un scénario de type El Niño est probable. Les épisodes El Nino/La Nina sont les phénomènes ayant la meilleure prévisibilité à cette échelle de temps.


Quels impacts El Niño a-t-il sur les conditions météorologiques dans les différentes régions de la planète ?

De par son ampleur (augmentation de température des couches océaniques superficielles au voisinage de l'équateur pouvant atteindre 4 à 6°C pendant plusieurs mois) e  l'étendue de la zone concernée (au niveau de l'équateur, le bassin pacifique tropical s'étend sur une zone large de plus de 10 000 km),  El Niño affecte le climat mondial dans son ensemble. Lors des épisodes précédents, différents types de phénomènes ont été observés :

- déficit pluviométrique en Australie orientale, Indonésie, Inde, Afrique australe, Caraïbes, nord-est du Brésil ;

- tempêtes tropicales plus à l'est qu'à l'habitude et venant affecter la Polynésie française ;

- excédent pluviométrique sur la côte ouest de l'Amérique du Sud, dans le nord de l'Argentine et en Uruguay, en Afrique de l'Est équatoriale, dans les îles du centre du Pacifique tropical et dans le sud des États-Unis pouvant entraîner inondations et glissement de terrain;

Par ailleurs, à l'échelle du globe, la température moyenne a tendance à être anormalement élevée pendant les années concernées par ces épisodes  Ce fut le cas en 1998, année qui a suivi un fort épisode El Niño.

 

Observe-t-on des phénomènes analogues ailleurs sur la planète ?

Seul l'ENSO a un impact planétaire aussi marqué. Les deux autres bassins océaniques, Indien et Atlantique, sont trop peu étendus pour permettre un phénomène de couplage aussi important entre circulations atmosphérique et océanique, même s'ils subissent aussi des remontées d'eaux profondes et des régimes d'alizés.

 

Le changement climatique a-t-il un impact sur ce phénomène ?

Il n'y a pas, actuellement, de consensus sur la question.

Les modèles actuels d'évolution du climat  ne permettent pas de prévoir l'effet du changement climatique sur la survenue et l'intensité des épisodes ENSO. Dans quelques années,  les progrès de la modélisation climatique de l'océan (circulation verticale plus précise) et de l'atmosphère (meilleure simulation du régime des alizés) devraient permettre d'y voir plus clair.