De quoi l'huile de palme est-elle coupable ?

Par Blandine Le Cain. Le Figaro, le 17/06/2015


   La ministre de l'Écologie Ségolène Royal a affirmé mardi qu'il fallait «arrêter de manger du Nutella» en raison de l'huile de palme qu'il contient, source de destructions écologiques.


Le point sur ce qu'est l'huile de palme et les craintes qui l'entourent.

   L'huile de palme est une huile végétale issue du palmier à huile. Les fruits de cet arbre, de couleur jaune et orangée et de la taille d'une grosse noix, sont récoltés par grappes avant d'être séparés puis ouvert. Ils abritent un noyau blanc.

   Chacun de ces fruits contient environ 30 à 35% d'huile, selon les données de l'European Palm Oil Alliance (Epoa), qui rassemble des organes nationaux d'analyse sur la production d'huile ainsi que de gros producteurs tels que Cargill ou Unigra. Elle est extraite par pression à chaud. Une différence existe entre l'huile de palme et l'huile de palmiste. La première est issue du fruit, la seconde du noyau.

   Le palmier à huile, arbre tropical, pousse dans les régions proches de l'équateur. Les palmeraies d'où est issue l'huile de palme consommée se trouvent principalement en Indonésie et en Malaisie, producteurs de 80% des stocks, mais on en trouve également en Amérique latine et en Afrique de l'Ouest.

Le noyau blanc qui se trouve au cœur des fruits du palmier à huile est utilisé pour produire l'huile de palmiste.


Pourquoi est-elle si prisée de l'industrie agroalimentaire?

   En 2012, la consommation d'huile de palme s'élevait à 52 millions de tonnes, soit 28% de la consommation mondiale d'huiles et de graisses. L'huile de palme est ainsi l'huile la plus prisée, devant l'huile de soja. Son principal atout réside dans sa rentabilité: un palmier à huile produit environ 40 kg d'huile par an, pour une durée de vie de trente ans. La production demande ainsi moins de surface que d'autres huiles, telle que celle issue du soja. Du fait de son rendement, son prix est également inférieur à celui d'autres huiles végétales.

   Autre avantage: l'huile de palme résiste bien à la cuisson et est solide à température ambiante. C'est cette caractéristique qui offrirait au Nutella, dont la recette contient de l'huile de palme depuis une quarantaine d'années, son onctuosité.

Quels problèmes écologiques pose-t-elle?

 






   Face à une hausse très importante de la consommation depuis une vingtaine d'années, les pays producteurs ont augmenté les espaces dédiés à la culture du palmier à huile. De 15,2 millions de tonnes en 1995, la production d'huile de palme est passée à 56 millions de tonnes en 2013. D'ici 2020, elle pourrait largement dépasser les 60 millions à raison d'une hausse annuelle de 2,5%. D'après WWF, 12 millions d'hectares de terre sont désormais couverts de palmiers à huile, soit un tiers de l'Allemagne. Pour assurer ce niveau de culture, des millions d'hectares de forêts ont été détruits. L'ONG précise qu'au total, 90% des forêts d'Indonésie, où un million d'hectares disparaît chaque année, de Malaisie, de Bornéo et de Sumatra ont été décimées.


    Un palmier à huile est nécessaire pour couvrir la consommation annuelle d'une famille française.


   Conséquence: les arbres ne jouent plus leur rôle d'absorbeur de gaz à effet de serre, particulièrement important en ce qui concerne la forêt tropicale, et la libération du CO2 emprisonné lors de la destruction des forêts a un impact très négatif sur l'environnement. Des problèmes se posent aussi pour la biodiversité: plusieurs espèces animales vivant dans ces milieux sont menacées, comme le rhinocéros, le tigre ou l'orang-outang. La suppression des forêts a également des conséquences pour les populations des pays: en Indonésie, 40% de la population dépend des forêts, souligne WWF.






Est-elle mauvaise pour la santé?

   Autre raison du désamour pour l'huile de palme: le risque qu'elle fait peser sur la santé. L'huile contient 45% d'acides gras saturés, qui provoquent des problèmes vasculaires. Des désaccords existent toutefois sur ce point parmi les spécialistes. L'huile de palme a certains avantages nutritionnels, notamment par rapport aux acides gras transformés, présents dans les huiles végétales hydrogénées. Aux États-Unis, ces substances interdites mardi vont d'ailleurs être remplacées par l'huile de palme. Et d'autres matières grasses contiennent davantage d'acides gras saturés. Le problème est qu'il est très difficile de contrôler la quantité que l'on en consomme car l'huile est utilisée dans un très grand nombre de produits alimentaires. Selon WWF, un palmier à huile est nécessaire pour couvrir la consommation annuelle d'une famille française.


L'huile certifiée durable va-t-elle sauver les forêts?

   Depuis 2003, une certification a été mise en place par la RSPO (Table-ronde sur l'huile de palme durable), qui rassemble plusieurs ONG et professionnels, basée notamment sur la transparence, la préservation des ressources naturelles et de la biodiversité, ainsi que le respect des employés. Actuellement, 12,53 millions de tonnes d'huile ainsi certifiée sont produites, soit 20% de la production mondiale.

   Mais pour Greenpeace, «la certification RSPO n'est pas suffisante, car elle ne comporte pas de critère de non-déforestation», explique Jérôme Frignet, responsable de la campagne Fôrets. D'après lui, les études menées par RSPO on montré que seulement 10% des forêts avaient pu être préservées en Indonésie grâce à cette certification. «À Greenpeace, nous maintenons l'objectif de conserver 100% des forêts avec l'engagement zéro déforestation.» Un objectif supplémentaire accepté par certaines entreprises, face à des exigences plus fortes des consommateurs alertés par des campagnes sur le sujet.

   C'est le cas de... Ferrero. Comme Unilever, Nestlé ou Carrefour, ou encore Cargill, premier négociant de matières premières agricoles, l'entreprise italienne a mis la pression sur ses fournisseurs, notamment Sinar Mas, principal producteur indonésien, les contraignant à s'engager dans une démarche zéro déforestation.

   «Ségolène Royal a raison de souligner que l'huile de palme reste un problème, mais l'exemple du Nutella n'est pas tellement pertinent», résume Jérôme Frignet. Greenpeace note ainsi les efforts faits en quelques années et se dit plutôt «optimiste». «On peut doubler la production des plants existants sans intrants et sans détruire la forêt, en utilisant de meilleures techniques», explique-t-il. Malgré cela, l'ONG reste vigilante: à terme, la question de la consommation se posera, et l'inquiétude grandit vis-à-vis de la volonté du gouvernement malaisien d'introduire l'huile de palme comme agrocarburant obligatoire, ce qui engendrerait une explosion de la consommation.