Crystal, 17 ans

 

A 17 ans, Crystal fait preuve d’une étonnante maturité intellectuelle. Elle a rencontré la solidarité en devenant bénévole pour le dernier Sidaction pendant lequel elle a enregistré les promesses de dons au téléphone. Elle a pris la mesure de ce qu’elle pouvait apporter à cette chaîne de solidarité.

Sa vie, elle se la construit elle-même, décidée, voire opiniâtre. Elle sait qu’elle sera comédienne et toute sa vie est tendue vers ce but. Elle a fait l’école du cirque d’Annie Fratellini, elle a passé sa scolarité de collège en «horaires aménagés» : le matin le cirque, l’après-midi en classe. Fille d’une famille d’artistes un peu bohême, elle dit elle-même «qu’elle est la plus raisonnable de toute cette maison ou se côtoient un perroquet, un serpent, deux chiens, des chats». Et puis elle a fait une mauvaise chute au cirque et a été obligée de tout arrêter et de reprendre une scolarité normale. A ce moment là, comme elle dit, «elle a déconné», elle est partie «à fond dans la fumette et dans l’alcool». Moment de crise, de passage, de rupture;

En revanche, côté préservatif, elle n’a jamais «déconné», elle s’en étonne elle-même.

Maintenant, elle va mieux, elle a repris une scolarité par correspondance au CNED et prend des cours de comédie. Elle a même fait quelques apparitions dans des films. Côté coeur, elle a rencontré son petit ami il y a trois mois. Il a dix ans de plus qu’elle, «c’est une histoire qui dure», dit-elle. Dès le premier soir ils se sont protégés, mais côté test, monsieur n’est pas très chaud pour aller faire un test avec Crystal : «La peur des aiguilles», dit-il… La solidarité et la lutte contre toutes les exclusions et toutes les injustices trouveront toujours Crystal avec elles. Elle a envie de parler pour réveiller les autres jeunes de son âge.

 

 

 

Elsa, 31 ans

 

Elsa a été contaminée à l’âge de 21 ans par un garçon dont elle était persuadée qu’il l’aimait autant qu’elle l’aimait et donc qu’elle pouvait lui faire confiance. Lorsqu’elle est retournée le voir munie de son test positif, il lui a rétorqué: «Tu aurais pu t’en douter !». Elle traduit cette tirade par : «Y a bien que toi pour ne pas savoir que je couche avec beaucoup de monde !». La terre s’est d’abord dérobée sous ses pieds, puis elle a réagi après avoir rencontré («eu le coup de foudre même !») celui qui allait être son mari pendant trois ans.

Trois années de respect mutuel, lui permettent de faire le point sur sa situation thérapeutique, sur un avenir possible et à construire. Elle accepte le statut administratif d’adulte handicapé, mais n’en fait pas état dans ses recherches d’emploi. «Je suis en bonne santé. Ma trithérapie ne me met pas KO. Je veux absolument travailler normalement. Il est hors de question que je végète chez moi sur mon canapé !».

Tous les après-midi, elle est chargée d’accueil au TIPI, un lieu associatif de Marseille qui accueille des ateliers pour enfants et pour adultes et s’engage activement pour la prévention des addictions et du sida. Elsa tient souvent des stands ou des réunions publiques sur ces sujets.

Les actions de Sidaction à l’occasion du 1er décembre 2005 ont pour but d’informer et de sensibiliser les jeunes adultes à la lutte contre le sida. Car le sida nous concerne tous. Les témoignages qui suivent illustrent la réalité.

Pour des jeunes adultes, témoigner est courageux, car c’est rendre visible leur histoire, leur chemin, à un âge charnière de la vie.

Après 25 ans d’épidémie, de campagnes d’information, de sensibilisation, de reportages sur le VIH/sida, témoigner pour une personne séropositive demeure un acte lourd de conséquences (rejet, discrimination, stigmatisation…).

Certains témoins séropositifs ont donc préféré témoigner à visage caché. Merci à eux tous pour leur courage et la force de leur parole.

 

 

 

Guillaume, 20 ans

 

Guillaume rêve au grand amour, au couple qui dure toujours. C’est un jeune provincial, originaire d’un petit bourg situé à 10 km de Compiègne, en Picardie. Il voudrait être écrivain ou journaliste, il adore Corto Maltese, son héros ; Il étudie actuellement à Lille en licence d’histoire. Son arrivée dans cette grande ville avec une vraie vie gay, des bars, des boîtes, une communauté, la première année de fac… a été une sorte de fête. Il se disait euphorique, «les hormones en ébullition» comme il dit, comme de nombreux jeunes homosexuels ; Guillaume enchaîne les relations de courte durée. Des partenaires multiples, des rapports pas toujours protégés, tous les ingrédients pour une grosse prise de risques. Il est allé faire le test, il «n’en menait pas large» et découvrait, avec étonnement, les visages des autres qui attendaient leurs résultats.

Lui, il a eu de la chance, d’autres non. Il n’est pas séropositif et a tendance à penser que les trithérapies fonctionnent bien. En fait, il considère que le risque de mort a nettement diminué grâce aux nouveaux traitements et, de ce fait, baisse un peu sa garde. Homosexualité parfois mal vécue, difficulté à imposer le préservatif la première fois, drogues et sex-clubs à portée de main… autant de «loups» qui rôdent autour de jeunes comme lui, autant d’éléments très concrets, résolument «anti-romantiques», qui rebutent la plupart d’entre eux et dont ils ne souhaitent pas toujours discuter.

 

 

 

«Kumba», 26 ans

 

Lorsqu’elle s’est doutée avoir pris un risque, «Kumba» n’a pas tardé à faire un test de dépistage. Elle a réalisé que le premier rapport sexuel pouvait être mortel. Trop tard.

Contaminée dès son initiation à l’amour, cette jeune fille d’origine malienne, rassemble à elle seule, plusieurs typologies statistiques des jeunes personnes vivant avec le VIH.

Actuellement, «Kumba» n’est pas encore sous traitement, mais elle prend déjà sa maladie en charge. Depuis sa rupture avec son milieu familial quand elle a annoncé sa séropositivité à son futur fiancé, elle vit dans un petit hôtel, travaille dans un pressing et envisage de passer un concours pour intégrer le service de blanchisserie des hôpitaux de Paris. Elle en veut. Elle se rend régulièrement à l’hôpital de la Pitié – Salpêtrière à Paris (parfois accompagnée d’une amie de confiance) où l’on surveille son évolution sanitaire. Elle y va aussi pour obtenir des réponses aux nombreuses questions qu’elle se pose depuis qu’elle a compris ce qui lui arrive et comment c’est

arrivé ; elle s’y est même réfugiée lors de son départ de chez ses parents…

A quoi ressemblera sa vie amoureuse, sa vie de mère ? Transmettra t-elle le virus à ses enfants ?

Comment annonce-t-on une chose pareille à ses proches, à l’homme par qui on a été contaminé, à celui qu’on aimera peut-être plus tard ? Peut-on compter sur l’avenir et poursuivre des études ?

Autant de questions que «Kumba» se serait posées même sans la séropositivité. En tout cas, pas si tôt. 

 

Source: Sidaction et le Ministère de l´Éducation nationale, de l´Enseignement supérieur et de la Recherche.