L´opération de la cataracte dans l´oeuvre de Rembrant.

 

Rembrandt : "Tobie guérissant son père de la cécité" (Staatsgalerie Stuttgart), 1636.

 

L'HISTOIRE DU FILS DE TOBIE apparaît dans la BIBLE. Tobie, juif de la tribu de Nephtali, vivait au Vllème siècle avant J.-C.

A l'âge de cinquante-six ans, il devint aveugle après avoir reçu accidentellement dans les yeux, pendant son sommeil, de la fiente chaude d'hirondelle. Par la suite, il envoya son fils en Médie pour réclamer à un parent 10 talents d'argent qu'il lui avait prêté.
Guidé par un inconnu qui se révéla être l'ange Raphaël, le jeune Tobie fut attaqué sur les bords du Tigre par un poisson énorme qu'il tua et dont il mit à part le cœur, le fiel et le foie.

Ayant récupéré la somme que l'on devait à son père, il revint à Ninive. Il guérit alors la cécité de son père en frottant les yeux de celui ci avec le fiel de poisson. Ce fut alors que l'ange disparut.

Le livre de Tobie fait partie de l'Ancien Testament. Dans l'Antiquité, on considérait le fiel de plusieurs poissons comme un remède efficace contre la cécité, ce que rapporte Pline dans son "Histoire Naturelle".

Le médecin peut bien entendu discuter d'un point de vue professionnel ce miracle de la cécité guérie. Il peut paraître en effet très discutable que la simple projection de fiente d'hirondelle puisse par une action mécanique ou chimique produire une cécité immédiate. Au mieux, au-delà du fait surnaturel, il pourrait apparaître une ophtalmie aiguë due à l'infection se superposant à une cataracte sénile relativement banale étant donné l'âge avancé de Tobie. Celui-ci se trouvait dans la même situation que le prophète Abias, dont on dit dans le troisième livre des Rois qu´"'il ne pouvait voir parce que la vieillesse avait obscurci ses yeux".

Dans les différents récits qui relatent la guérison de Tobie, il existe une certaine confusion sur la traduction des termes réels. Il est question parfois de laver les yeux avec le fiel du poisson et dans certains autres textes, en particulier dans la version grecque, on trouve : "sentant une douleur lancinante, il se frottera les yeux, touchera ainsi ses cataractes et il te verra".

De hypothèses pathogéniques ont été proposées pour expliquer la guérison de Tobie, et la plus moderne, sinon la plus exacte, consisterait à admettre que, le fiel étant particulièrement riche en vitamine A, une kératopathie métabolique pouvait être guérie par cette application forcée.

En résumé, si l'on considère seulement le problème ophtalmologique, les causes qui paraissent les plus vraisemblables correspondent à une cécité par taie cornéenne superficielle ou par cataracte pathologique, abaissée dans le vitré par la friction mécanique forte sur l'œil.

 


TRANSPOSITIONS PICTURALES
 

Sur le plan artistique, l'histoire de Tobie a donné lieu à d'innombrables représentations picturales. Rembrandt a consacré à ce récit tout un ensemble de dessins originaux.
Rembrandt privilégia l'hypothèse de la cataracte comme cause de cécité chez Tobie, au lieu d'une maladie purement cornéenne. Cela provenait de la traduction de la Bible par Luther, où le même mot peut correspondre au leucome cornéen ou à la cataracte.

Pour mieux comprendre cette scène, il convient d'abord de donner quelques explications sur l'histoire de cette chirurgie. L'opération de la cataracte par abaissement du cristallin dans le vitré, pratiquée depuis de nombreux siècles dans tout le Bassin méditerranéen, aux Indes et en Chine, était à ce moment là bien codifiée.

L'aiguille pénétrait en fait dans l'œil au point qu'utilisent aujourd'hui les chirurgiens de la rétine pour l'accès dans le vitré. Ensuite, par un mouvement latéral de haut en bas, l'aiguille passait en avant du cristallin et l'abaissait en arrière. La technique opératoire était toujours représentée de la même façon, le médecin étant assis, face au patient, opérant l'œil droit de celui-ci avec la main gauche, et l'œil gauche avec la main droite.
Rembrandt montre pour la première fois dans ce tableau que, si l'œil gauche du patient est opéré de face avec la main gauche, soit plus vraisemblablement avec la main droite, le chirurgien est alors placé derrière la malade.

Si dans les mains d'opérateurs sérieux, on pouvait obtenir des succès relativement durables, cette chirurgie, pratiquée par de nombreux charlatans, pouvait aboutir à des catastrophes.

Il est certain en effet qu'une intervention pareille, que l'on continue à pratiquer aujourd'hui dans certains pays asiatiques ou africains, est loin d'être une merveille, car, si une amélioration se produit aussitôt que le cristallin cataracté est récliné dans le vitré, on observe dans les années suivantes des complications visuelles dues à des phénomènes secondaires (hypertonie oculaire, décollement, infection, etc.)

Le XVIIe siècle fut peut être plus que tout autre, le grand siècle de la Hollande. Les productions artistiques sont bien connues et la réalité économique, grâce à l'expansion maritime et coloniale va amener les Hollandais à la conquête d'un empire. On voit aussi se développer à la même période, tout un ensemble de recherches concernant la philosophie, les sciences et la médecine. C'est l'époque où Descartes, quittant la France pour obtenir plus de liberté d'expression va redéfinir les lois de la réfraction, met au point tout un équipement optique de lunettes astronomiques.
C'est l'époque où l'étude de l'infiniment petit succédera pour l'homme à celle de l'infiniment grand, et où la réalisation du microscope fera suite à celle de la lunette astronomique.
L'expérimentation précédait, mais quelquefois suivait la théorie. La science devenait essentielle pour l'étude de la nature.
Il n'était pas étonnant que Rembrandt, dans ses toiles, reprenne aussi certaines scènes de techniques chirurgicales ou anatomiques qui pouvaient correspondre à des observations quotidiennes. On sait que l'artiste avait de multiples contacts avec ses amis médecins d'Amsterdam. Nous connaissons, par exemple, le nom des sept médecins qui entourent le cadavre de la célèbre
"Leçon d'anatomie".
 

 

 

 

 

 

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